Tétralogie du Monstre - Enki Bilal

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Tétralogie du Monstre - Enki Bilal

Message par stalker le Dim 27 Déc - 3:56

Initialement, il aurait dû s’agir d’une trilogie, au même titre que La foire aux immortels, puis l’album Quatre parut et perturba les lecteurs.

Le sommeil du monstre
32 décembre
Retour à Paris
Quatre


Je viens de relire les deux premiers, après les avoir laissés sommeiller quatre ans entre d’autres albums. Relus, ou plutôt dévorés. La conviction que des éléments m’étaient passés sous le nez à la première lecture. En particulier le jeu de transitions qui s’opère d’une séquence à l’autre (ce sont des albums à trois voix). C’est scénarisé et monté comme un film. Et cadré. Bilal se consacre aussi au cinéma, mais je le préfère décidément en bande dessinée. Je serais d’ailleurs curieux de savoir s’il travaille actuellement sur un quatrième projet de film. Son dernier album en date s’intitule Animal’z, et je n’y ai pas encore goûté.





L’univers Bilal se déroule toujours demain. Pas dans deux siècles, mais plutôt dans 15 ans. Et si on a le malheur de le découvrir trop tard, on réalise que tel album s’est déroulé hier (avant qu’on ne vienne au monde, si ça se trouve). On réalise que demain ressemble à s’y méprendre à aujourd’hui ; qu’il suffit simplement de déduire que 2+2 font 4, et 4+4 font 8, et ainsi de suite – et de transformer nos plaisantes et touristiques citées immaculées en champ de ruines bombardées ; de soulever le masque du régime démocratique en vigueur pour vérifier ce qu'il nous cache ; de lire entre les lignes des lois et des mesures et des articles dernièrement adoptés, pour réaliser que demain devrait avoir des allures déplaisantes et qu’on y rira beaucoup moins qu’aujourd’hui. On n’y sera pas pour rien, il faut dire. Certains esprits post-romantiques et post-démocratiques (puisque ce terme n’aura désormais plus le moindre sens – les masques seront tombés grâce à nos bulletins de vote) se régaleront néanmoins, car les slogans multicolores et débiles qui nous abreuvent aujourd’hui les mirettes et nous sucent le porte-monnaie, et les publicités pour une vie meilleure, et le confort et les cotisations retraites et les crédits et les assurances-vie – tout ceci n’aura plus lieu d’être. Le capital et le pouvoir des machines nous auront absorbés comme les petites grenouilles les moustiques insouciants qui passent.

Question de goût, ces villes criblées d’impacts et ces êtres humains au sang synthétique ? Je ne sais pas. Je dirais plutôt question de perspective. Terminée la télévision et terminés les divertissements gratos : il s’agit de survivre. Il s’agit aussi de s’intégrer à un système qu’on a tous mérité, faute de quoi on ne fait pas long feu. Chacun d’entre nous est un élément constituant d’un système qui ne fonctionne plus sur les valeurs humaines (les droits de l’homme sont déjà une légende ancienne), mais sur les performances et la croissance de pouvoirs qu’on a jadis validés. Individualisme équivaut à espoir de vie faible. Liberté d’expression signifie disparition mystérieuse de la circulation, ou exécution spectaculaire retransmise sur les écrans géants propriété du gouvernement. Espoir rime avec nostalgie. C’est juste de la SF, diront d’aucun. De la BD, diront d’autres. Des p’tits dessins et des bulles. En l’occurrence, ceux-là feraient bien de lire les Schtroumfs et Lucky Luke pendant qu’il est encore temps, car demain ce sera prohibé.

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