Donigan Cumming

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Donigan Cumming

Message par stalker le Sam 7 Nov - 20:48

Lausanne, musée de l'Elysée, 1996. La ville est parée d'affiches de l'exposition d'un artiste que je ne connaissais pas encore. L'image interdit qu'on passe à côté de l'événement, ou recommande de ne précisément pas s'y rendre. Echo à l'oeuvre de Jean Rustin, ou plutôt Rustin en écho à Cumming.
Les tirages présentés seront dignes de ce que l'affiche laissait penser. Grands formats, mais pas écrasant non plus ; juste ce qu'il faut de disproportion pour nous saisir, et nous dépasser aussi. Ici, pas de spectateurs choqués, puisque la presse a clairement annoncé la couleur, ainsi que les documents figurant dans le hall d'accueil du musée. On y entre en sachant. Il va s'agir de découvrir les fruits d'une recherche pas uniquement plastique (même si cette dimension et sa qualité sont indéniables dans le travail de Cumming), mais bien humaine, située dans une époque donnée, soutenue par un discours argumenté.

Néanmoins, nombreux sont les spectateurs qui refusent d'entendre et ne font que voir.
Indignés, effrayés, choqués.

On nous avait pourtant dit que l'art c'était pour faire beau et pour faire plaisir.



L’oeuvre de Donigan Cumming suscite l’admiration autant que le débat et la controverse. Il a depuis une vingtaine d’année élaboré une oeuvre centrée sur la représentation d’une communauté de personnages marginaux qu’il a photographiés puis filmés dans la douleur, la laideur, les maux de la vie quotidienne mais aussi dans leurs fantaisies émouvantes ou ridicules, quelquefois tragiques.



L’œuvre de CUMMING provoque au premier abord un violent malaise que certains rejettent avec virulence. Les portraits relèvent-ils d’un voyeurisme malsain guidé par un plaisir pervers? Quel intérêt y a-t-il à s’attarder auprès de ces assistés sociaux qui échappent à la normalité ambiante? CUMMING est-il un voleur d’images et de vérités douloureuses, ponctionnées sur des gens incapables de se protéger de l’intrusion de la caméra? [...] Ce geste est politique en ce qu’il s’en prend à l’audiovisuel en général et au télévisuel en particulier : ceux-ci feignent de ne pas franchir le seuil d’un voyeurisme dont ils repoussent chaque jour perversement les limites. Le grand fantasme des médias est celui de la proximité. CUMMING est aux avant-postes de cette question éthique, dont il fait la critique radicale.
Extrait de Les vérités de Cumming, de Jean Perret.



Donigan Cumming s’obstine, simplement, à travailler la réalité, à regarder là où on ne doit ou ne veut normalement pas regarder, en restant tout proche avec la caméra, sur les imperfections de la peau, dans une bouche édentée, dans une cuisine sale. Bref, sur ce à quoi le regard ne s’habitue pas : la laideur. La reconnaissance de l’autre, et ultimement de soi dans l’autre, doit à un moment ou l’autre franchir ce seuil, par-delà les frontières physiques et morales convenues. Peu importe le jugement que chacun peut porter sur les façons dont l’artiste opère la transgression, qu’on l’accepte ou la rejette, entre le rire et la grimace, du moment qu’elle est faite et qu’on regarde s’ouvre à nous un nouvel espace fertile, celui, peut-être, de ce que Nietzsche appelait [l’art de l’âme laide].
Extrait de La différence et l’indomptable laideur : Le récit biographique dans l’œuvre de Donigan Cumming, de Nicolas Renaud.

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